mardi 8 juillet 2014

Ces petits jeux pas comme les autres

Par LordPouic

Depuis quelques années, le jeu vidéo est divisé en deux grandes catégories. D'un côté, nous avons les jeux dits AAA (comme les notes bancaires, ouaip), et de l'autre, les jeux indépendants. Les jeux AAA sont souvent créés par des équipes pouvant compter plus de deux cents personnes, bénéficiant de budgets immenses dépassant pour certains (comme GTA V) les deux cents millions d'euros. Les jeux indépendants sont plus difficiles à définir, certains diront que l’équipe ne doit pas être au-dessus de dix personnes, d'autres qu'ils ne doivent pas être financés par des tiers. Pour simplifier, nous considérerons les jeux indépendants comme des jeux ne sortant pas de gros studios tels que Ubisoft (Assassin's Creed, Prince of Persia, Léa Passion, etc.), EA (Les Sims, la plupart des jeux sportifs) ou autres.

Face à des géants aux moyens colossaux, on pourrait se demander comment des jeux d’envergure plus modeste, créés par des équipes d'une ou deux personnes, parviennent à se faire connaître dans le monde entier, sans éditeur ni budget de communication. Il existe depuis quelques années des plateformes d'achat de jeux dématérialisé où n'importe qui peut proposer son jeu à un large panel d'utilisateurs. Les plus connues vous disent peut-être quelque chose : Steam, Desura, GOG. Elles sont certes pour les utilisateurs de PC, mais il faut aussi penser à l'App Store et au Google Play offrant facilement une certaine visibilité pour les développeurs à petit budget.



Mais quelle est la différence réelle entre un jeu AAA et un jeu indé ? Je tiens à préciser une chose avant de répondre à cette question : ma réponse ne sera pas vraiment objective du fait de mon attachement à certains jeux indé. La limite entre les deux est très vague, il n'est pas rare qu'un grand studio essaie de faire passer une de ses créations pour un projet underground et qu'un petit studio tente de concurrencer les grands. La principale différence entre ces deux catégories, de mon point de vue, réside dans les limites que les créateurs se fixent. Du côté des mastodontes, grâce à des équipes nombreuses et variées, il est possible de créer des jeux graphiquement très travaillés, des jeux avec des histoires très longues, des jeux aux détails visuels poussés. Mais ces jeux imposent des coûts de productions très élevés et se doivent ainsi de plaire au plus grand nombre. C’est pourquoi aujourd’hui, chaque jeu à succès entraîne d’innombrables suites ou copies (Call of Duty possède à lui seul une dizaine de suites et, depuis son succès, les jeux militaires foisonnent dans les magasins). Le système de jeux n'ose pas s'améliorer et les mondes dans lesquels le joueur entre se ressemblent tous. Prenons le cas du dernier Tomb Raider : dans ce jeu, les créateurs ont tenté de s'éloigner du scénario et du gameplay des anciens opus créant ainsi, pour moi, un jeu assez intéressant. Ce titre s'est vendu à plus de trois millions d'exemplaires à travers le monde, un chiffre pour le moins honorable. Malheureusement, le studio de développement ayant osé de nouvelles idées, et donc beaucoup dépensé, se retrouve dans le rouge financier. Continuer sur cette lancée est donc impossible. 

Adieu, nouvelle Lara.

Et c'est sur ces limites que les développeurs de jeux indépendants tirent leurs épingles du jeu. Bien sûr, un jeu créé par une personne ne peut pas concurrencer Assassin's Creed niveau graphisme, du temps de jeu ou des ventes. En revanche, il n'est pas limité par les opinions des organismes financiers ou tout simplement, par les modes. Ces jeux ont besoin de peu de fonds et, pour la plupart, plusieurs milliers d'unités suffisent à le rendre rentable. Partant de ce principe, un grand nombre de créateurs ont pu mettre en place des univers loufoques et uniques avec des gameplays novateurs. Prenons comme exemple Amanita Design, un studio de République Tchèque qui a sorti deux superbes jeux aux ambiances extraordinaires (je vous conseille Botanicula, même ma maman y a joué et a adoré). Ce petit studio composé de huit personnes est à l’origine de quelques jeux très abordables touchant un public limité. Cependant, leurs mondes fantastiques et les idées de gameplay qu'ils exploitent arrivent à fidéliser un petit noyau de joueurs suffisant à rentabiliser et financer leur prochaine création.

Mais ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : tous les jeux indépendants ne sont pas bons. Je dirais même que la plupart des jeux indé sont très mauvais (je le sais de source sûre, j'ai sorti moi-même des jeux particulièrement moisis), mais c'est aussi ce qui fait leur intérêt. Aujourd’hui, tout le monde peut – avec quelques connaissances en informatique – essayer de créer son jeu. Les logiciels de création permettant de concevoir des jeux compatibles avec iPhone, Android, PC, Wii et compagnie, sont de plus en plus faciles d'utilisation et de moins en moins chers. Une personne avec une bonne idée a une chance de réussir. Plus encore, des communautés de créateurs se créent autour de grands événements un peu partout dans le monde. Ce sont les Game JAM, des week-ends où graphistes, développeurs et commerciaux se réunissent pour former les néophytes et créer ensemble des jeux à partir de rien en un temps très limité, de deux jours à une semaine.

Après ce genre de discours, on pourrait me demander si je joue encore à des jeux AAA et pourquoi les pépites indépendantes ne sont pas aussi connues du grand public. A cela, je répondrai comme je l'ai fait avant : la limite entre ces deux mondes est de plus en plus vague. Il est vrai que les gros studios sont frileux au sujet de l'innovation ; mais il faut également noter que les nouvelles créations s'inspirent souvent des réussites de l'indépendant. Le marché indépendant sert depuis peu de laboratoire pour les futurs jeux à grand budget. Je dois avouer que je m’en réjouis. Un jeu un peu original comme le sont certaines créations indé avec les graphismes des prochaines consoles, c'est une idée qui fait rêver et qui est sur le point de se réaliser. Durant les conférences de l'E3 2014 – la plus grosse conférence des grands éditeurs de jeux vidéo – plusieurs jeux ont été annoncés comme étant à la base indépendants mais maintenant soutenus dans leur développement pour pouvoir être peaufinés et compatibles sur les nouvelles consoles (comme Inside, le prochain jeu des créateurs du jeu indépendant à succès Limbo). Mais certains jeux, présentés lors des conférences comme des jeux à très gros budgets, ont des idées de gameplay largement inspirées des grands succès indépendants de ces dernières années.
           
Je conclurai en vous invitant, si vous êtes un peu curieux ou à la recherche de nouveautés, à chercher au fin fond du Net et à tester les jeux créés par des étudiants pour des concours, par des inconnus durant les Game JAM ou tout simplement par les nombreux petits studios que nous avons en France.


On finit avec une petite vision de Botianicula, parce que même si je sais 
pas trop définir les bêbêtes au milieu, c'est vraiment très chouette comme jeu. 

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