jeudi 27 novembre 2014

Hell yeah, I'm demisexual

Par Rainbowl


So proud.

A la base, je voulais écrire un article lexique LGBT. Et j'ai renoncé devant l'ampleur de la tâche. Ensuite, j'ai voulu écrire un article sur l'asexualité, demisexualité, hyposexualité etc., et j'ai encore une fois renoncé, par peur de me tromper, de dire n'importe quoi. Et me voilà : je vais vous parler de ce que je connais le mieux, la demisexualité seulement, non seulement parce que ce terme n'est pas accepté par tout le monde, mais aussi parce qu'il pose la question de la façon dont on choisit de se définir : y a-t-il une limite aux « labels » qu'on se donne ? J'ai trouvé ma réponse, à vous de trouver la vôtre. Mais d'abord, permettez-moi de vous livrer mon témoignage.

Déjà, qu'est-ce que donc la demisexualité ? Il faut d'abord définir l'asexualité. Je me permets de citer Aven (un site français sur l'asexualité) : l'asexualité, c'est ne pas ressentir d'attirance sexuelle pour autrui. Ce n'est pas de l'abstinence, qui est choisir de ne pas avoir de relations sexuelles. Une personne asexuelle ne choisit pas d'être asexuelle, comme on ne choisit pas d'être gay. Ce n'est pas non plus une maladie, un problème à régler : n'allez pas recommander des sexologues ! Rien ne dit que nous sommes forcés d'avoir des attirances sexuelles. L'existence de l'asexualité oblige donc à distinguer l'attirance romantique : on peut tomber amoureux d'une personne, avoir envie d'être en couple avec quelqu'un sans pour autant avoir envie d'avoir des rapports sexuels avec elle. On peut être asexuel, par exemple, et homoromantique, hétéroromantique, biromantique... et ainsi de suite.

Alors, qu'est-ce donc que la demisexualité ? Eh bien, comme souvent, certaines personnes se sont rendues compte que ce n'était pas aussi simple que soit asexuel, soit pas asexuel. Il y a des gens qui ne correspondent à aucun des deux (spoilers, comme moi). Il y a l'hyposexualité, où on ressent très peu d'attirance sexuelle, cela peut arriver, mais c'est rare. Soit dit en passant, j'ai vu sur certains sites que le terme était controversé... si quelqu'un s'offense, qu'il le dise, et on le supprimera. Il y a des gens qui n'ont pas de mots spécifiques, qui préfèrent dire qu'ils sont « gray/grey-A », dans la zone asexuelle, sans être totalement asexuels. Et puis, il y a aussi la demisexualité : n'avoir d'attirance sexuelle que pour les personnes avec lesquelles on a noué un lien fort émotionnel. Rarement donc, en ce qui me concerne, je ne passe pas ma vie à nouer des liens émotionnels forts.

Très personnellement, étant moi-même demisexuelle, je le ressens comme cela : la plupart du temps je suis asexuelle. Je n'ai littéralement aucune envie de m'engager dans une activité sexuelle avec les gens qui m'entourent. Je peux les admirer physiquement, j'ai déjà flashé plus d'une fois sur une jolie fille, je peux beaucoup les aimer, mais je n'ai aucune attirance physique. Et puis, il y a ces quelques personnes, avec lesquelles je suis proche, et pour lesquelles je ressens une attirance sexuelle. Ces personnes sont rares donc, et je me suis rendue compte qu'il suffisait que je perde ce lien précieux pour que l'attirance parte.

Voilà, un meilleur résumé que le mien. 

Je disais au-dessus que ce terme n'était pas accepté par tout le monde : en effet, certains considèrent que c'est créer des mots pour des situations qui n'en ont pas besoin. Que c'est se « limiter ». J'ai compris depuis longtemps que reprocher aux autres d'utiliser trop de mots pour se définir était souvent un privilège d'hétéroromantique hétérosexuel cis (=qui s'identifie au sexe qu'on lui a assigné à la naissance, en opposition à trans), cependant, ce serait généraliser. Ceci étant dit, je m'attache plutôt à répondre aux asexuels qui auraient l'impression que les demisexuels s'inventent une oppression, car c'est là le problème principal. En effet, s'identifier à un mot, c'est rejoindre un groupe. Pourquoi rejoindre un groupe ? Pour se protéger. Pour revendiquer sa différence. Je l'avais déjà dit dans mon article sur le coming out : dire que je suis lesbienne, c'est un acte politique, c'est m'affirmer malgré une société hétéronormative. De la même façon, dire qu'on est asexuel, c'est avoir le courage de revendiquer une indifférence vis-à-vis du sexe, alors que nous vivons dans une société où on considère que le sexe est à la base de tout, la norme dans une relation romantique. Dans ce contexte, revendiquer d'être demisexuel, c'est insultant pour certains asexuels. C'est revendiquer d'être opprimé alors que non... je ne suis pas opprimée. Pourtant, je me revendique demisexuelle sans une once de remord.

Non, je ne suis pas oppressée. Cependant, je n'ai pas toujours l'impression de correspondre aux catégories qu'on impose sur la sexualité. Encore une fois, je suis asexuelle presque tout le temps. En fait, en ce moment, je le suis. Je ne noue pas des relations intimes émotionnellement forte tous les jours, encore une fois.

Surtout, j'ai besoin de ce mot parce que moi, j'ai besoin de me définir. J'ai besoin de mettre un mot sur pourquoi je n'ai pas la même relation avec la sexualité que la plupart des gens que je connais. Parce que je ne suis peut-être pas vraiment asexuelle, mais je ne suis pas « sexuelle » non plus. J'ai besoin d'un mot, même si je ne vais pas organiser des demisexual prides. Et là, ce n'est pas forcément un acte politique. C'est un besoin, assez humain, de se connaître, c'est rassurant, quand on sent qu'on n'est pas comme tout le monde. Tout le monde n'a pas envie de s'identifier avec des mots, j'en ai envie.

J'ai ma réponse. Vous avez le droit de ne pas être d'accord, mais moi, je suis en paix avec mon identité sexuelle et romantique, et très franchement, c'est tout ce qui compte.

Pour résumer :

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