mardi 21 octobre 2014

Clap de fin : le court-métrage "L'inconnu" d'Olivier Polia

Par LaManie

« Salut, ça te dirait de venir assister au tournage d’un court-métrage et d’écrire un article dessus ? » Y'a des jours, on vous propose de drôles de trucs. Mais ok !

Allons-y ! (Alonzo.) 

Ce petit message, c’est un ami acteur qui me l’a envoyé, un jour, comme ça, pour le fun. Je dois avouer que ça fait assez plaisir de recevoir ce genre d’invitations. Et franchement, j’allais pas dire non. C’est ainsi que, toute contente de pouvoir recommencer à raconter mes expériences de tournage (si si, j’en ai déjà fait, venez voir ici !) que je suis allée sur le terrain, carnet au poing et vipère pas loin (Bazin, sors de ce coooorps !). Un tournage, c’est toujours un bon moment, de belles rencontres, saupoudrées de quelques ennuis techniques et météorologiques, mais le tout dans la joie et la bonne humeur. Sauf pour les films d’Abdellatif Kechiche. Mais bon. C’est Kechiche quoi.

Un court-métrage, plus particulièrement, c’est un moment intime à passer avec une petite équipe, quelques bons collègues qui finissent par devenir des amis, le tout porté par une histoire, des premières images tournées jusqu’au clap de fin. 
C’est avec ce désir de partage qu’Olivier Polia a eu une idée, au cours de l’été 2013. Féru d’histoires rocambolesques, il a écrit L’inconnu, un film fantastique sur fond de thriller inquiétant. Bon, parce que les mots d’un réalisateur valent plus, voici le synopsis officiel du film : 
« Lena, jeune femme trentenaire, a perdu son mari il y a quelques mois. Elle s’apprête à célébrer tristement son premier anniversaire de mariage en jetant son alliance à la mer et tente de surmonter son deuil.Lena commence alors à recevoir des messages de l’au-delà sur la boîte mail de son mari lui indiquant d’aller à des endroits importants de leur vie. Au cours de son périple, elle se sent épiée et suivie par un mystérieux inconnu à l’attitude inquiétante. Que lui veut cet homme et quelle est la signification de ces messages ? Lena va tenter de le découvrir... »
Ça donne envie de savoir ce qu’il se passe, non ? Eh bien je vais vous le raconter… Depuis les coulisses.


Et hop, de quoi se mettre rapidement dans l'ambiance.

Le tournage


Je vous passe les détails sur la manière dont tout s’est goupillé pour pouvoir vous raconter cette fameuse journée, qui a commencé à 9h du matin à la Bibliothèque Louis Nucéra à Nice. Vous ne savez pas où c’est ? Moi non plus je ne savais pas, jusqu’à ce que mon ami Google Maps m’indique « La Tête au Carré ». Si tu ne connais pas Nice, tu es bien malchanceux, petit lecteur, car au beau milieu du centre ville niçois trône une Tête. Carrée. Géante. Oui oui. Nice et ses merveilles.

En dessous de cette énormité architecturale se trouve une vaste bibliothèque. Je m’y introduis rapidement, juste après qu’on m’ait demandé « C’est bien vous la bloggeuse ? » - je vous raconte pas comment ça fait plaisir, j’ai rougi comme une tomate –, pour atterrir face à une scène bien cadrée. À peine arrivée, j’entends un énorme « I don’t give a shit ! » de la part du réalisateur, Olivier Polia. OK, on sent bien les références. Autour de lui travaillent de jeunes techniciens venant tous de Nice et principalement de l’ESRA, l’école de réalisation de la ville. Je me rends très vite compte que l’ambiance est assez détendue sur ce tournage, des blagues et des citations de films fusant de tous les sens, entre deux bouchés de quatre-quarts (« l’appétit vient en tournant », vous ne saviez pas ?)



Un élément m’a sauté aux yeux dès mon arrivée, puis a perduré durant toute la matinée de tournage : le sens de l’organisation que tous partagent dans l’équipe. J’ai eu beau ne participer qu’à peu de tournages de court-métrages jusque-là, j’y ai remarqué que les mêmes problèmes revenaient sans cesse : le manque de temps et le non-respect des horaires. Un tournage, c’est connu pour commencer à l’heure et pour toujours finir en retard. Sur celui-ci, tout semblait hiérarchisé de la meilleure des manières. J’ai même eu l’occasion de jeter un coup d’œil au découpage technique et au story-board, qui étaient particulièrement bien réalisés et précis (pas de bonshommes en fil de fer comme moi je le ferais, mais avec des bonshommes qui ressemblent à des gens !). En bref, une bonne première impression.

Mais d’après l’avis unanime de l’équipe, il n’en a pas été tous les jours de même. Ce jour-ci étant le dernier jour de tournage, les cinq précédents n’ont, à l’inverse, pas été de tout repos.

Résumons les faits. Le samedi (retenez ce jour), un tournage dans un parc. Toute l’équipe s’installe, quand tout d’un coup, un brouhaha s’élève d’entre les arbres. Qu’est-ce donc ? Rien d’autre que la plus belle des expressions de joie : un enfant qui fête son anniversaire. Enfin, un seul, non. Plutôt une dizaine, car le samedi, c’est la journée des anniversaires au parc. Une expérience qui ne le fera pas oublier de si tôt à l’équipe. Un autre jour, ils ont eu la pluie. Bah oui, c’est pas drôle sinon. Enfin, ils ont aussi fait une vraie journée de tournage, mais dans le sens qu’ils ont tourné pendant presque 24h d’affilée. Tu la sens la fatigue là ? Toute cette fatigue accumulée pour ce dernier jour de tournage, qui, heureusement, se déroule sans encombre. Il faut dire qu’en tournant un lundi, avec la bibliothèque fermée au public, ce serait dur d’être mieux.


Le parc du drame.

Bien. Reprenons le fil (ou le câble, haha) de notre histoire. La scène tournée ce jour-là met en scène la protagoniste qui, au détour d’une rangée de livre, se fait surprendre par cet inconnu qui la suit partout. Le personnage principal, tenu par Claudia Newman, jeune actrice d’origine allemande,  donne, dans cette scène, la réplique à James Ka, un autre acteur mais cette fois bien de la région, habitué à tourner dans les productions du coin. Pour les besoins de la scène, un travelling à roulettes a été mis en place. Manière plutôt low cost de créer un mouvement, il n’en est pas moins efficace (et pliable, c’est pratique !).

Laure et Claudia.
J’ai dit plus haut que le timing était bien respecté et que tout était cadré. C’est juste, voire même un peu trop. Olivier, le réalisateur, est quelqu’un de très contentieux, il est prêt à refaire un plan une dizaine de fois s’il n’est pas satisfait d’un détail. Bon, ce n’est pas Kechiche non plus. A ses côtés, son scripte (oui, ça existe pour homme), Kevin, est là aussi pour créer un contre-pied technique et organisationnel. 

A peu près tout le monde semblait mettre la main à la pâte pour donner des idées : Thibault, l’ingé son, Fiorenzo, le régisseur, Laureen, la photographe et Laure, la maquilleuse, sans oublier Diane, l’assistante réal qui n’était pas là le jour de ma venue. Ah oui, aussi, dans les deux autres rôles importants du film (mais qui ne tournaient pas ce jour-là), on retrouve Yann Lerat (c’est lui le gentil monsieur qui m’a proposé de venir !) et Frantz Maillart. Comme je le disais, une équipe réduite mais qui permet de créer des liens.

La conception du projet


Olivier Polia.
Cette matinée fut bien remplie pour tout le monde et s’acheva avec seulement trente minutes de retard (ce qui n’est pas énorme sur un tournage). Après avoir assisté à la réalisation, j’ai eu envie d’en savoir plus sur la conception. Pour être optimum niveau réponses et rassasier vos questions de petits lecteurs, je me suis directement adressée à Olivier Polia lui-même, dans une petite interview.



CADAVREXQUIS

Comment t’es venue l’idée de ce court-métrage ?

OLIVIER

À l’origine, j’avais écrit un premier court-métrage, plus versé dans la science-fiction, mais qui aurait demandé beaucoup de moyens. J’ai donc préféré le remettre à plus tard. Du coup, je me suis dit que j’allais quand même réaliser un court-métrage avec lequel je pourrais adapter les moyens en fonction de mon budget et de l’équipe. Comme j’aime bien tout ce qui est un petit peu fantastique, paranormal, j’ai voulu faire un film sur ce sujet : est-ce que les morts nous quittent vraiment ? Quels sont les messages qu’on peut nous envoyer de l’au-delà ?
J’ai écrit l’histoire en une nuit et le lendemain, j’avais tout de prêt dans ma tête. J’ai ensuite rencontré Fiorenzo (ndlr. le régisseur) qui m’a permis de former une équipe, puis on a commencé les repérages et le story-board.

CADAVREXQUIS

Quels étaient tes espoirs et tes craintes sur ce tournage ?

OLIVIER

J’avais peur des éléments techniques, plutôt extérieurs, qui pourraient influencer le tournage, par rapport aux endroits où on allait tourner, etc. Comme je suis ingé son à la base, j’avais peur pour ce côté-là. J’ai vraiment travaillé la préparation de chaque scène pour qu’on n’ait pas de soucis de dernière minute.
Au niveau des plans, j’ai vraiment travaillé ça pendant un an pour que le jour du tournage, mon équipe soit efficace. J’ai réfléchi à chaque poste, en essayant d’être polyvalent mais que chacun soit bien à son poste.

CADAVREXQUIS

Comment est-ce que tu décrirais ta manière de travailler la préparation d’un tournage ?

OLIVIER

À la base, j’ai déjà les images dans ma tête, et le story-board semble très cadré parce qu’il est déjà monté : j’avais le film dans ma tête avant d’avoir réalisé le story-board. L’équipe avait assez peur au début en voyant la multitude des plans, mais je les rassurais, parce que c’était « déjà monté » dans ma tête.

CADAVREXQUIS

Maintenant que le tournage est terminé, à quand estimes-tu la sortie ?

OLIVIER

Je vais essayer de tout rendre pour mars 2015. Je vais m’occuper du montage, de l’étalonnage, du sound design (ndlr. c’est son métier) et de la composition des musiques. Principalement, j’ai envie de travailler sur la contextualisation de l’angoisse au travers de ce travail de la musique.

CADAVREXQUIS

Enfin, qu’as-tu prévu comme avenir pour ton film ?

OLIVIER

On aimerait bien lui faire faire la tournée des festivals. On voudrait le présenter à Cannes, à Clermond-Ferrand, à Strasbourg, voire Miami et Londres. Le summum serait de le présenter au Festival du Film Fantastique de New-York. Parce qu’évidemment, le film sera sous-titré pour qu’on puisse lui donner une vie internationale.



Crédits photos : Laureen Armengau. Un grand merci à elle ainsi qu'à toute l'équipe d'Olivier Polia (surtout pour la part de quatre-quart. C'est bon, le quatre-quart.).


1 commentaire:

  1. Je suis sûr que le film sera de très bonne qualité, et que le son et la musique seront parfaitement accordés aux images. Et que l'on n'aura probablement aucun mal à pardonner les quelques petits défauts inévitables dus à ce genre de projet.
    Un film parfait n'existe pas, mais celui-ci aura eu toute l'énergie de son équipe pour s'en approcher je pense...

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