lundi 14 juillet 2014

« Toi, tu joues à la Playstation ? Mais tu es intelligente, pourtant ! »

Par Alabama


Il y a quelques mois, une amie de ma mère est venue dîner à la maison. Lorsqu’elle est arrivée, j’étais en train de jouer au dernier Assassin’s Creed. « Toi, tu joues à la Playstation ? Mais tu es intelligente, pourtant ! »

Sur le moment, je dois avouer que j’ai eu du mal à réagir. J’aurais voulu lui faire un long discours sur les jeux vidéo, mais tout ce que j’ai réussi à dire, c’est : « Bah… Ouais. L’un n’empêche pas l’autre. » 

Aujourd’hui, je ne prétends pas usurper le trône de LordPouic (long soit son règne), mais prendre un point de vue beaucoup plus théorique pour expliquer en quoi être une fille qui s’habille tous les jours en jupe haute et en talons, qui fait des études de littérature et d’histoire et qui a un jour dans sa vie voulu parler grec ancien (la naïveté. Personne ne parle grec ancien. Même pas les profs de grec ancien.) n’est pas du tout incompatible avec les jeux vidéo. Pour être plus claire, en quoi les jeux vidéo, ça n’a rien de stupide.

Ma Playstation, c’est mon bébé. Oui, je prends ma manette pour me détendre avant tout. Mais je lis aussi du Maupassant pour me détendre, je regarde du David Fincher pour me détendre. Je ne compte pas peser mes mots : pour moi, un jeu vidéo, c’est une œuvre d’art. C’est réfléchi, structuré. Et comme tout œuvre d’art, ça peut être mauvais. Un graphisme, une bande originale, un scénario, des dialogues, des personnages, c’est devenu un véritable film interactif, avec ou sans suites. A titre d’exemple, je vais me servir d’un jeu que j’ai exploité de long en large pendant les matinées pluvieuses et les après-midis ensoleillées, j’ai nommé Assassin’s Creed. Un monument du Micromania à côté de chez toi.

Allons-y, Alonso ! (J'offre une tablette de chocolat à celui qui me coud les mêmes fringues qu'Edward dans Black Flag.)

Avant de te décrire la bête, et pour faire plaisir à LordPouic, laisse-moi te préciser que c’est un jeu édité par Ubisoft, développé par leur branche montréalaise. Assassin’s Creed, c’est six jeux dits principaux, sept en comptant celui actuellement en développement, et neuf jeux parallèles, disponibles sur dix plateformes différentes, et je ne parle pas des comics, romans et courts-métrage sortis à côté. Une machine à profit ? Je n’ai pas le nez sur le dossier de leur comptable, mais j’aurais du mal à douter du contraire. Mais une machine à profit ne doit pas forcément être de piètre qualité. Bien sûr, j’ai mes préférences dans la série, avec un faible particulier pour Brotherhood et Black Flag. Le premier pour la finesse du scénario, le second pour les graphismes et l’approfondissement historique incroyable qu’on y trouve.

Car Assassin’s Creed, c’est avant tout un scénario, et un scénario forcément historique. Pour une passionnée de cinéma étudiante en histoire, vous imaginez le défi ! Voici un résumé ultra concentré : Desmond Miles, un barman descendant d’une lignée d’Assassins, est enlevé par une multinationale, Abstergo, couverture des ennemis des Assassins, les Templiers. Ceux-ci forcent Desmond à utiliser une machine, appelée Animus, qui permet de revivre les souvenirs de ses ancêtres en décodant la mémoire génétique du sujet, dans le but de retrouver un artefact très puissant, la pomme d’Eden, fabriquée par une première civilisation, « Ceux qui étaient là avant ».

La spécialité d'AC, c'est de reconstituer des villes dans une époque donnée :
Damas, Jérusalem, Rome, Florence, Boston, New York, La Havane, Tortuga...
Voilà pour les grandes lignes. Comme ça, ça a l’air banal, c’est sûr. Mais avant Assassin’s Creed, peu de jeux avaient poussé si loin un scénario. Le gameplay permet de se glisser dans la peau de Desmond, mais surtout dans celle de ses ancêtres. A chaque fois, une nouvelle époque, un nouveau protagoniste, un nouveau monde, une nouvelle Histoire dans laquelle s’insère toujours avec une grande subtilité l’intrigue, une intrigue qui a oublié d’être manichéenne en chemin. Au début de la série, nous sommes des Assassins, des gentils, avec un bon petit crédo (creed = crédo en anglais) et des objectifs de gentils. Mais très rapidement… Les choses ne sont plus aussi claires. On doute de nos valeurs, et de celles de l’Histoire. Je m’apprête à faire un énorme spoiler à ceux qui n’ont pas joué à Assassin’s Creed III, donc fermez vite les yeux si c’est votre cas. 

Pendant toute la première partie de ce jeu, on interprète Haytham Kenway, un Anglais au cœur du Boston de la guerre d’indépendance américaine. La personne derrière la manette, qui vient de jouer aux quatre jeux précédents (ne pas chercher à comprendre la manière de compter d’Ubisoft) est habituée à interpréter des Assassins. Normal quoi, c’est un peu le principe du jeu. Sauf qu’au bout de cette première partie, paf. On apprend que Kenway est un Templier. Et d’un coup, on se rend compte que le personnage n’a jamais eu à préciser de quel camp il était. Que le joueur serait directement parti du présupposé qu’il jouait un gentil. Et double paf. Le joueur n'a jamais pu poser l'éventuelle différence entre les valeurs des Templiers et celles des Assassins. On comprend qu’elles sont précisément les mêmes, que, depuis le début de la série, il n’y a jamais eu ni méchants, ni gentils. Rien qu’un conflit d’intérêts. Et ça, c’est absolument représentatif de la nouvelle génération des jeux qui couvrent les rayons de Micromania. Des scénarii réfléchis qui font réfléchir. Ce sont des films un peu différents, des films que nous guidons. Les jeux vont de plus en plus loin, comme le fameux Fable, qui a innové en permettant au joueur de choisir la réputation de son personnage et donc la manière dont le jeu se déroule. De la même façon, Assassin’s Creed laisse une part d’improvisation à son joueur, en le faisant lutter pour une certaine vision du bien tout en le laissant commettre des crimes. Même esprit, Red Dead Redemption, qui s’installe dans le Far West du début du XXème siècle. Le scénario donne un but au joueur, celui de faire retrouver au protagoniste, John Marston, sa femme et son fils, en se débarrassant de ses anciens amis criminels pour le compte du gouvernement. Un objectif que l’on ne peut lui reprocher tout en étant loin d’être louable. Ainsi, le joueur peut décider, au fil du jeu, quel sera le comportement de John, qui a la possibilité de sauver de pauvres voyageurs au bord de la route et celle de les tuer. Ouais, c’est assez sympa.

C'est beau. C'est beau. C'EST BEAU. J'ai pas
d'autre légende à mettre, désolée.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que les jeux vidéo sont, en plus de chercher à être scénaristiquement intéressants et intelligents, des prouesses techniques. Et ce dès le début. On a beau se moquer des graphismes de nos premières consoles, à l’époque, fallait quand même le faire, le machin. Mais ça devient de plus en plus incroyable. Exemple, le dernier Tomb Raider. Lors de la fin de la première scène cinématique, j’ai mis dix bonnes secondes à comprendre que c’était à moi de jouer. Il n’y a plus de coupure de qualité entre ces deux moments. Encore plus impressionnant, Beyond : Two Souls, qui a collaboré avec les acteurs Ellen Page et Willem Dafoe pour créer, par le système de capture de mouvement (grâce à pas moins de soixante-cinq caméras), les personnages principaux. Beyond est d’ailleurs très marquant par le questionnement qu’il pose sur ce qu’il y a après la mort. David Cage, scénariste et réalisateur, a déclaré que les joueurs, à la fin du jeu, peuvent être capables de comprendre ce qu’il y a au-delà. Bon, ça, c’est fait. C’est un jeu développé par Quantic Dream, la même boîte qui a fait Heavy Rain, un chef d’œuvre sur lequel je pourrais écrire un roman, au scénario plus recherché que 90% des films qu’on trouve dans les sorties Allociné. Mais je vous laisse taper ça sur Google pour approfondir la chose. Que puis-je citer encore ? L.A. Noire, qui donne l’opportunité de résoudre des crimes dans le Los Angeles de 1947 avec sa tête, et non pas en suivant un schéma préfabriqué.


Le jeu vidéo, aujourd’hui, ce sont des histoires, des questionnements, de la réflexion, des œuvres picturales et musicales (vous pouvez écouter ici un extrait de la bande originale de Gravity Rush, conseillé par LordPouic le Grand, ou ici, un extrait de celle de Red Dead Redemption, chère à mon petit cœur de marshmallow). Ça n’a rien d’un cours d’abrutissement sur canapé. J'ai passé des heures devant certaines énigmes de Tomb Raider à découvrir des recoins de ma logique restés à l'état sauvage. J'ai refait des centaines de fois des centaines de niveaux de centaines de jeux qui demandaient des réflexes et une précision qui s'apprennent, ou tout simplement l'élaboration d'une stratégie. Bien sûr, comme dans toute catégorie artistique, il y a du bon et du mauvais, comme LordPouic vous l’a déjà dit. Le jeu vidéo, ça vous entraîne. Ce n’est pas de la littérature, pas du cinéma, c’est simplement une autre manière de se plonger dans la fiction, avec d’autres avantages, car, en interprétant le personnage, on a plus rapidement l'impression de prendre ses gestes pour les nôtres. « Mais... Qu'est-ce que je fais, là ? Pourquoi j'aide ce mec-là ? » Oui, petits padawans d’Internet : on peut être intelligent, cultivé et jouer aux jeux vidéo. C'est même souvent lié.

La motion capture, ça va bien au teint. Petite vision du tournage de Beyond: Two Souls.


Petites références citées :
Assassin’s Creed: Brotherhood – Ubisoft Montréal – Ubisoft – 2010
Assassin’s Creed III – Ubisoft Montréal – Ubisoft – 2012
Assassin’s Creed: Black Flag – Ubisoft Montréal – Ubisoft – 2013
Fable  Lionhead Studios  Microsoft Game Studios  2004
Red Dead Redemption – Rockstar San Diego, Rockstar North – Rockstar Games - 2010
Tomb Raider – Crystal Dynamics – Square Enix - 2013
Beyond: Two Souls – Quantic Dream – Sony Computer Entertainment – 2013
Heavy Rain - Quantic Dream – Sony Computer Entertainment – 2010 
L.A. Noire – Team Bondi, Rockstar Leeds – Rockstar Games – 2011 
Gravity Rush – SCE Japan Studio – Sony Computer Entertainment – 2012

6 commentaires:

  1. Ils sont disponibles où les petits capteurs pour la tronche? J'en ressens le besoin très glamour à cet instant très précis pour aller avec mon cardigan à pois.

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    1. Je pense que tu peux en fabriquer avec des clous Castorama et un peu d'aspirine.

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  2. Décidément Alabama, j'aime tes articles !
    Je suis encore une fois d'accord avec toi. Même si moi, je chérie ma Xbox et que là je suis plutôt sur Oblivion (ENFIN, j'étais, car mon bébé est à Limoges et moi pas. Mais jme fais plaiz sur RomStation là). Je dois dire que je ne me suis pas encore attardé sur Assassin's Creed, honte. Je trouve que de nos jours, les jeux vidéos sont tellement évolué en terme de graphisme, d'histoires et de scénarios que c'est carrément du cinéma. Regardons le cas de Beyond quoi.
    Cependant, hors sujet, mais le cas du mythe de la fille qui joue aux jeux vidéo moi ça m'énerve. Tout le monde en fait un patakèss sur internet. Mais moi quand je vais dans un magasin de jeux vidéos bah tout le monde me regarde de travers, et même les vendeurs. Comme si j'étais un gamin de 4 ans qui achetais un jeu, pour ensuite pouvoir le caler sous le pied d'une table branlante... Et pire, c'est sur les jeux online, tu dois constamment faire tes preuves car "t'es une fille tu sais pas joué" (bon ok c'est vrai des fois on m'offres des trucs aussi >_>). Ptain une fois j'ai même dû mentir en disant que j'étais un mec parce qu’un groupe voulait pas que je fasse un putain de donjon avec eux !
    Mais sinon ton article était bien ! xD

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    1. J'ai pas trop abordé le sujet du mythe de la fille qui joue aux jeux vidéo, parce que je m'aperçois (AMEN) que ça s'améliore de plus en plus. Ou alors c'est des coups de bol, je sais pas. Mais j'avoue que j'en ai marre aussi des vendeurs qui me voient arriver à quatorze mètres de distance pour me proposer le rayon Wii, direction Just Dance III. Mais ce serait une bonne idée d'article, ça :) (Décidément, tu es une source d'inspiration sans limite !)

      Raaah, faut que tu joues à Assassin's Creed, c'est oufissime comme jeu ! Bon, le 1 est peu... Pas chiant, mais répétitif. Mais à partir du 2, raaaah <3 (Alabama, future grande critique de jeux vidéo bonjour.)

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  3. Assasin's Creed 2 c'est une tuerie \o/ Faut vraiment que j'essaye les autres, mais j'ai hâte que le dernier qui va se passer à Paris sorte, il a l'air génial.
    Je viens tout juste de commencer à jouer au dernier Tomb raider sur Pc et qu'est-ce qu'il est beau !
    Bref pour ce qui est des jeux vidéos et des filles je trouve que cela évolue beaucoup, dans mon entourage beaucoup de filles sont limites accros aux jeux vidéos autant que les mecs, et même temps c'est compréhensible notre génération a grandi avec l'arrivée de la playstation et des PCs dans nos foyers, et Pokémon dans le cour de récréation donc, que l'on soit fille ou garçon on a tous grandi avec une manette dans la main ;)

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    1. J'ai perdu la moitié de mes neurones devant le trailer d'Assassin's Creed Unity tellement j'ai hâte qu'il sorte.

      Je suis d'accord avec toi pour l'histoire des jeux vidéo et des filles. Comme je le disais dans un autre commentaire, l'image du rapport qu'on a entre les deux s'améliore de plus en plus pour finalement se banaliser. Ça fait quelques temps que je me tâte à écrire un article là-dessus, mais si je me décide enfin, ce sera pour souligner ça :)

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